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Il y a toujours un moment, où les choses jusqu’alors confusément
réunies offrent une définition claire et imposent une attitude
radicale.
En 1991, Jean-Louis Ricaud décide de ne plus participer aux expositions
de groupe, de salons et autres municipaleries.
Il aura donné, pourtant, ci et là, au genre de la «
ressemblance »…
Votre expo paraît avoir quelque chose à voir, avec ce que
nous avons vu, lorsque nous nous sommes vus,… Fini ! les formules
à peu près, les compromissions diverses avec le secteur
socio-anima-politi-culturo, où l’on passe plus de temps à
se taire qu’à montrer, plus de temps en révérences
qu’en rencontres, parce que l’art tranquilisateurs qui agit
dans nos villes e t nos campagnes travaille pour un ordre modérateur
de passions…Aussi pour la peinture ? Même la sculpture ?!…Matriarcale,
inhibitrice, despotique la consommation ? Soutenue par le plus grand nombre
? Mais oui, mais oui,…
Alors rupture. J.L.R. quitte la classe. Une trentaine d’années
se sont écoulées.
Né en 1960, rue Emile Zola, garda une profonde aversion pour l’auteur,
J.L.R. n’a qu’une idée sérieuse : peindre, travailler
avec ça, vivre avec ça, cette volonté ne le quittera
pas. Absolu.
Les études de construction mécaniques ont peut-être
déclenché les choix artistiques de J.L.R., elles furent
d’une assimilation difficile, en deux temps. Cet univers mécanique,
et industriel par destination, apparaîtra d’abord dans la
peinture, et comme un rejet. Il est là, spectral, presque menaçant,
il agit fantomatiquement. C’est l’époque des lignes,
des dessins à l’encre. Puis il est accepté, la peinture
est désormais à l’huile, les couleurs sont en nombre.
Découverte du mouvement : la main, le bras, la présence
physique du peintre, c’est l’époque des gestes, les
lignes sont toujours présentes.
En 1977, on retrouve le type dehors avec sa marchandise sur le dos, dedans
: cette substantifique moelle qui guide son projet. Il peint, déballe
et vit dans la rue, dessins, peintures. Ainsi il peut vivre, continuer.
Prendre la première des résolutions infernales. Ne jamais
faire d’autre métier ! Tempérament.
Ce temps de 1977 à 1979 fait une peinture semi-automatique, liée
à l’introspection et l’érotisme y est insidieux,
sous-jacent. La sculpture alors est encore expérimentale, les bouts
d’essai restent à l’atelier. Mais elle va prendre sa
(dé)mesure rapidement, avec des productions rapprochées.
Les premiers résultats apparaîtront en 1980 avec la découverte
des « personnages », soit de la crucialité du corps
humain.
Il va s’agir de retrouver le rêve ancien : de la sculpture-magie,
où le matériau docile, répond aux gestes, où
le travail du geste, donne la forme immédiate. Rêves de terre
et de plâtres.
Le corps présent, la recherche est érotique, l’érotisme
devient explicite, figuré, « sus-jacent ». Le corps
rencontre les éléments sculpturaux, il est en « situation
». Ainsi vont naître vers 1984 les « Anti-caryatides
». Personnages provoquant (multipliant) les associations de matériaux,
la& céramique, l’acier, le bois pour les principaux.
Les personnages « ne supportent pas », ils sont suspendus.
Au cours de l’année 1984, J.L.R., poussé par un besoin
d’indépendance, ouvre au 18 rue Canillhac, une galerie pour
ses seules œuvres. Trois années d’existence, marchés,
pourparlers ; série d’expos, et l’atelier où
les outils ne refroidissent pas. A côté sur le cours Pasteur,
le soir, on se presse sous les portes cochères, chacun son tour
mais ça se discute le prix de la chair…Non, les femmes publiques
ne sont pas indifférentes à la peinture et à la sculpture.
En 1987, poussé par un besoin d’indépendance, J.L.R.
ferme sa galerie.
Délibérément, il délaisse la peinture, s’immerge
dans la sculpture, comme on navigue au plus profond, il croise des monstres
: les matériaux qui jouissent, des jours entiers de travail ininterrompus,
la certitude que ça va durer. Expansion, autre période.
En 1990, l’acharnement paie : la production a des relents de volupté.
Les sculptures grandissent, grossissent, parlent mieux, montrent tous
leurs désirs et cachent leur trouble, qu’on ne saurait voir
; comme « la première androgynie de Zeus » adossée
au cahot, toise le voyeur à plus de trois mètres de haut.
Carnation.
Un projet important, réalisé en 1990 renoue avec la peinture
après trois années de séparation : Golgotha. 4 mois
de travail, un polyptyque en 14 tableaux, une série équinoxiale
de 40 mètres carrées d’où il ne sortira pas
indemne. Grands formats, des vernis, des ors, des couleurs mâchées
par la fièvre de peindre « encore ». Mais Golgotha
n’était pas à vendre, juste un véhicule de
grande marée, quelques voyages plus loin, il retourne au port atelier,
mais à l’encre noire des commentateurs. Reconnaissance.
Une volonté particulière va alimenter son travail à
partir de 1996. Quitter Bordeaux –la ville, pour se déporter
dans la Gironde silencieuse, celle de l’Entre Deux Mers. Il occupe
pendant un an la citadelle de Rions avec une série de sculptures
et des projets d’écoles. Puis il répond à l’invitation
du Manoir des Arts à Sainte Croix du Mont, anime des ateliers,
des formations et redécouvre le plaisir de transmettre et d’enseigner.
Dans ce temps là, J.L.R. « a vu » la prochaine sculpture,
elle sera plus grande, plus lourde, plus généreuse, plus
bavarde encore que les autres. Elle aura une histoire, c’est à
dire une origine et une expérience des grands combats, ce sera
un personnage. Ainsi va sourdre et se répandre au delà de
ses contreforts de granit comme un magma déchirant sa croûte
de sommeil, le Gisant de Saint Guilhem. Une pièce époustouflante
d’aisance et de passion, au discours féroce et limpide, complétude.
Les amis, la presse, le nombre de curieux n’attendront pas sa sortie
à l’air public, iront voir l’objet à l’atelier.
Ce que ne savait pas J.L.R. c’est qu’il allait en réaliser
une autre, puis une autre profondes tout autant élevées
souveraines plus encore, l’Ange et le Vivant et imposer cette pensée
du Sacré qui ne savait, jusqu’alors que montrer ses secrets.
En 1998, en plein effervescence, en pleine conférence, en pleine
solitude. Puis un nouveau tournant, évacue l’acier et ses
angoisses premières offrant une place nouvelle à la terre.
Libération. Aujourd’hui, il enseigne aussi la sculpture et
les arts appliqués à Bordeaux.
Demain est un jour de prophète et n’appartient à
personne, demain des énergies du sculpteur : flux idiomatiques,
bouillant de magie, d’où cet art témoin de la découverte
des mondes doit apparaître. L’ambition de J.L.R. est de continuer
à se lever tôt.
De la discussion à l’atelier, LORENZO L.
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